The Whimsy System: Wonder As Survival Instinct

Le système de la fantaisie : l'émerveillement comme instinct de survie

Publié par Jacinthe Roy Rioux le

Et si l'émerveillement était aussi un instinct de survie ?

Bien avant que nous ayons un langage clinique pour le système nerveux, les êtres humains savaient ce qu'était la peur.

Ils connaissaient le serrement de poitrine quand quelque chose bougeait au-delà de la lumière du feu. Le silence qui s'abattait sur un village avant une tempête. L'instinct de courir, de se cacher, de se figer, ou de chercher une autre personne dans l'obscurité.

La peur est ancienne.

Elle nous a suivis à travers les forêts, les guerres, les hivers, les famines, les naissances, les maladies, et chaque seuil incertain que notre espèce a franchi. Elle est inscrite dans le corps car, pendant la majeure partie de l'histoire humaine, repérer rapidement le danger pouvait faire la différence entre rentrer chez soi et disparaître dans la nuit.

Mais la peur n'a jamais été la seule force qui nous a maintenus en vie.

À côté des armes, des abris et des cris d'alarme, il y avait des gravures.

Il y avait des grottes peintes, des outils ornés, des masques, des amulettes, des chants, des danses, des créatures impossibles, des histoires sur la lune, et des objets soigneusement placés auprès des morts.

Il y avait des choses sans but pratique évident.

Et pourtant, nous continuions à les fabriquer.

Peut-être que, parallèlement au système nerveux, l'humanité a toujours porté une autre forme d'intelligence.

Un système éveillé par la beauté étrange, les lieux en ruine, les vieux symboles, le rire inattendu, la musique, la narration, et le sentiment soudain que le monde ordinaire s'est légèrement ouvert pour révéler quelque chose d'en dessous.

Un système de fantaisie.

Il n'y a pas d'organe caché responsable de l'enchantement. C'est une invention ludique.

Mais comme beaucoup de choses inventées, elle peut révéler quelque chose de vrai.

Nous sommes devenus très habiles à parler le langage de la peur. Nous parlons de danger, de déclencheurs, de stress, de cortisol, d'épuisement, de vigilance, de limites et de régulation émotionnelle. Cette connaissance peut être utile. Elle donne un langage à des expériences qui étaient autrefois mal comprises ou ignorées.

Mais elle peut aussi nous laisser avec une carte incomplète de l'esprit humain.

Nous savons identifier ce qui nous menace.

Savons-nous encore identifier ce qui nous pousse en avant ?

I. La peur rétrécit le monde

Lorsque le système nerveux détecte une menace potentielle, l'attention devient plus sélective.

Le corps se prépare à réagir. L'esprit cherche des issues. La complexité est réduite. Le monde se divise en catégories urgentes :

Sûr ou dangereux.

Approcher ou se retirer.

Combattre, fuir, se figer ou protéger.

Ce rétrécissement n'est pas une faiblesse. C'est l'une des formes d'intelligence les plus anciennes que nous possédions.

Quand le danger est réel, la peur dépouille ce qui est inutile.

Mais bon nombre des menaces qui entourent la vie moderne sont moins visibles et moins temporaires que les dangers auxquels nos corps ont évolué pour faire face.

Le prédateur ne part pas toujours.

Il devient les messages non lus, les revenus instables, les attentes invisibles, la comparaison sans fin, le flux constant d'informations alarmantes, et le sentiment que quelque chose d'important est toujours négligé.

Un système nerveux peut réagir à un e-mail incertain avec une partie de la même machinerie ancienne autrefois réservée au mouvement au-delà des arbres.

Le corps ne connaît pas toujours la différence entre une ombre dans la forêt et une pensée répétée à trois heures du matin.

Lorsque la peur devient habituelle, l'attention peut rester fixée sur ce qui est cassé, manquant, dangereux ou sur le point de s'effondrer.

Nous commençons à demander :

Qu'est-ce qui ne va pas ?

Qu'est-ce qui pourrait mal tourner ?

Qu'ai-je oublié ?

Ces questions peuvent nous protéger.

Mais elles ne peuvent pas créer une vie entière.

II. L'émerveillement l'élargit à nouveau

La recherche sur les émotions positives suggère que des expériences telles que la joie, la curiosité, l'intérêt et la connexion peuvent temporairement élargir l'attention et augmenter l'éventail des pensées et des actions disponibles.

La peur rétrécit.

L'émerveillement élargit.

L'émerveillement constate que la forêt contient plus d'un chemin.

Cela ne signifie pas que les émotions positives effacent la douleur ou que l'espièglerie nous protège de toutes les difficultés. L'émerveillement n'est pas un interrupteur biologique pour le chagrin, le traumatisme ou le stress.

Il fait quelque chose de plus modeste et peut-être plus utile.

Il donne à l'esprit un autre endroit où se déplacer.

La théorie de l'élargissement et de la construction de la psychologue Barbara Fredrickson propose que les émotions positives peuvent élargir notre conscience momentanée et, avec le temps, nous aider à construire des ressources sociales, intellectuelles, émotionnelles et psychologiques.

La joie encourage le jeu.

L'intérêt encourage l'exploration.

La curiosité nous encourage à nous approcher de ce que nous ne comprenons pas encore.

Ces états ne remplacent pas les instincts de survie. Ils les complètent.

Le système nerveux demande :

Comment rester en vie ?

Le système de fantaisie demande :

Qu'est-ce qui rend le fait d'être en vie significatif ?

III. L'intelligence ancienne de la stupéfaction

L'émerveillement apparaît lorsque nous rencontrons quelque chose qui dépasse notre façon habituelle de comprendre le monde.

Un vaste paysage.

Une immense cathédrale.

Un orage.

Un morceau de musique qui semble pénétrer le corps avant que l'esprit puisse l'expliquer.

Un objet ancien dont le créateur est mort depuis des siècles.

Le ciel nocturne vu loin d'une ville.

Les chercheurs décrivent l'émerveillement comme une émotion associée à l'immensité et à un besoin d'ajustement mental. Ce que nous rencontrons semble trop vaste, étrange, beau ou complexe pour s'intégrer facilement à ce que nous savons déjà.

L'émerveillement peut produire ce que les psychologues appellent le petit soi : une réduction temporaire de la pensée autocentrée et un sentiment plus fort d'appartenance à quelque chose qui dépasse les préoccupations individuelles.

Ce n'est pas de l'humiliation.

C'est un soulagement.

Pendant un instant, le moi n'est plus tenu d'être le centre du monde.

Le problème qui occupait tout l'esprit devient un objet parmi tant d'autres.

Le château en ruine est toujours debout.

La rivière continue de couler.

La lune reste indifférente au message que vous regrettez d'avoir envoyé.

Des recherches sur les « promenades émerveillées » intentionnelles ont suggéré que la recherche délibérée de l'immensité et de la nouveauté peut augmenter l'émotion positive et réduire l'auto-centration excessive. D'autres études ont trouvé des associations entre l'émerveillement quotidien, un stress plus faible et un plus grand bien-être.

L'émerveillement ne résout pas le problème qui attend à la maison.

Il change son échelle.

Il nous rappelle que le monde est plus grand que la pièce dans laquelle nos pensées nous ont piégés.

IV. La fantaisie comme forme de résistance

La fantaisie est souvent traitée comme l'opposé de la maturité.

Les enfants sont autorisés à inventer des mondes. Les adultes sont censés accepter celui qui leur est donné.

Mais la recherche sur la fantaisie chez l'adulte la définit moins comme un comportement enfantin et plus comme la capacité à réinterpréter des situations ordinaires afin qu'elles deviennent plus engageantes, humoristiques, stimulantes ou personnellement significatives.

La situation peut rester inchangée.

Le cadre bouge.

La pluie devient cinématique.

Un couloir devient une procession.

S'habiller devient la construction d'un personnage.

Un anneau devient une armure.

Un vieil édifice étrange devient la preuve que le monde moderne n'est pas le seul monde auquel nous appartenons.

Le jeu ne requiert pas l'ignorance de la réalité.

Il requiert la capacité d'expérimenter la réalité à travers plus d'une interprétation.

Cela pourrait expliquer pourquoi la fantaisie a été associée à une meilleure adaptation, à des émotions positives, à la satisfaction de vivre et à un stress perçu plus faible.

Une personne fantaisiste ne rencontre pas nécessairement moins de problèmes.

Elle peut simplement conserver plus de moyens possibles de les affronter.

Cette flexibilité est importante.

La peur peut rendre une situation figée et définitive.

Le jeu introduit le mouvement.

Il demande :

Que pourrait devenir d'autre ceci ?

V. L'imagination n'a jamais été une échappatoire

La vie moderne considère souvent l'imagination comme décorative.

Utile pour les artistes, les enfants et les personnes qui ont du temps à perdre.

Mais l'imagination est tissée à travers presque tous les aspects de la survie humaine.

Nous imaginons les conséquences avant d'agir.

Nous répétons des conversations difficiles.

Nous anticipons le danger.

Nous nous représentons des foyers, des relations, des entreprises, des catastrophes et des futurs possibles.

L'anxiété elle-même est un acte d'imagination.

C'est l'esprit qui produit des récits vifs sur des événements qui ne sont pas encore arrivés.

La question n'est pas de savoir si nous imaginons.

La question est de savoir quels futurs nous pratiquons le plus souvent.

Les thérapies psychologiques utilisent parfois l'imagerie guidée pour remodeler les réponses émotionnelles. Dans la réécriture d'images, un souvenir douloureux ou une scène interne est revisité et modifié par l'imagination. Le passé n'est pas littéralement changé, mais la relation de la personne au souvenir peut être modifiée.

Ce n'est pas de la magie au sens surnaturel.

C'est la preuve que l'imaginé et l'émotionnel ne sont pas des territoires entièrement séparés.

Le corps répond aux histoires.

Il répond aux pièces mémorisées, aux conversations anticipées, aux images symboliques et aux scènes qui n'existent que dans l'esprit.

Un futur imaginé terrifiant peut accélérer le cœur.

Une fin imaginée différente peut créer suffisamment d'espace pour respirer.

L'imagination ne nie pas la réalité.

Elle participe à la façon dont la réalité est vécue.

VI. Les premiers humains créaient déjà des symboles

Pour comprendre la fantaisie anthropologiquement, nous devons cesser de la traiter comme un luxe de la vie moderne.

Les êtres humains ont toujours décoré la survie.

Un récipient n'a besoin que de contenir de l'eau.

Pourtant, à travers les cultures, les récipients étaient gravés, peints, façonnés et marqués.

Les vêtements n'ont besoin que de couvrir et de protéger le corps.

Pourtant, les gens y ajoutaient de la broderie, du métal, des coquillages, des pierres, des cloches, des perles, des plumes et des symboles.

Une lame n'a besoin que de couper.

Pourtant, les lames étaient ornées.

Les murs étaient peints.

Les corps étaient percés.

Les cheveux étaient arrangés.

Les morts étaient enterrés avec des objets qui n'auraient plus aucune fonction pratique.

Ce n'était pas un effort perdu.

C'était la preuve que la survie pratique seule n'avait jamais suffi.

Les objets sont devenus porteurs de mémoire, de statut, d'appartenance, de protection, de deuil, d'identité et de transition.

Ils racontaient aux autres qui était une personne, d'où elle venait, ce qu'elle avait survécu, et ce qu'elle croyait l'entourer.

Un ornement pouvait distinguer les vivants des morts, les initiés des non-initiés, les mariés des célibataires, le guerrier du guérisseur, le souverain du citoyen ordinaire.

Il pouvait aussi porter une signification privée connue seulement de son porteur.

Les êtres humains n'habitent pas simplement le monde matériel.

Nous l'interprétons.

Nous donnons à la matière une seconde vie à travers le symbolisme.

Un morceau de métal devient une promesse.

Une spirale devient une transformation.

Une clé devient un secret.

Un serpent devient danger, connaissance, renouveau ou trahison.

Une croix précède et dépasse toute interprétation unique.

L'objet reste physique.

Sa signification le rend plus grand.

VII. Le rituel donne forme à l'invisible

Le rituel est une autre technologie ancienne de l'esprit humain.

Un rituel ne modifie peut-être pas le monde extérieur comme un outil, mais il peut modifier la façon dont une personne passe d'un état à un autre.

Avant la bataille.

Après la mort.

À la naissance.

Au mariage.

À la moisson.

Au début d'un voyage.

À la fin d'une saison.

Le rituel rend l'invisible visible.

Il donne un geste au deuil.

Il donne une séquence à l'incertitude.

Il donne un seuil au changement.

Les recherches anthropologiques et psychologiques suggèrent que le mouvement synchronisé, les chants, les danses et les cérémonies partagées peuvent renforcer la cohésion sociale. Les actions ritualisées peuvent également aider les gens à réagir à l'incertitude en créant une structure et une prévisibilité.

Cela ne signifie pas que chaque rituel possède un pouvoir médical ou surnaturel.

Cela signifie que l'attente, le symbolisme, la répétition, la communauté et l'attention peuvent influencer la manière dont une expérience est ressentie.

Une bougie ne peut pas contrôler l'avenir.

Mais en allumer une peut indiquer au corps qu'une partie de la journée est terminée et qu'une autre a commencé.

Un bijou ne peut rendre quelqu'un invulnérable.

Mais le fixer avant une rencontre difficile peut lui rappeler qui il avait l'intention d'être lorsqu'il l'a choisi.

Un objet rituel n'a pas besoin de posséder une magie littérale pour avoir un effet.

Le sens est déjà l'une des forces auxquelles les êtres humains répondent.

VIII. Pourquoi le sérieux n'est pas toujours la réponse la plus profonde

Nous confondons souvent le sérieux avec la vérité.

Plus l'expression est sombre, plus le sujet semble important.

Plus quelque chose est discuté solennellement, plus cela semble intelligent.

Mais le sérieux n'est qu'une façon d'aborder la réalité.

La fantaisie peut révéler des choses que le sérieux ne peut pas.

L'humour peut détendre ce que la peur a rendu rigide.

La beauté peut rendre le chagrin supportable sans le minimiser.

Une histoire peut communiquer ce qu'une liste de faits ne peut atteindre.

Les tours de magie en sont un petit exemple. Des recherches ont montré que regarder une illusion peut provoquer la curiosité, la surprise, l'excitation et une émotion positive à court terme.

Rien de surnaturel ne s'est produit.

Les lois de la nature restent intactes.

Mais pendant un instant, la certitude se brise.

Le spectateur éprouve un décalage entre ce qu'il attendait et ce qui semble s'être passé.

Dans ce décalage se trouve l'émerveillement.

L'émerveillement commence lorsque le monde refuse de se comporter exactement comme prévu.

C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l'imagination peut être réparatrice.

Elle interrompt l'inévitable.

La peur dit :

C'est ainsi que les choses sont.

La fantaisie demande :

Êtes-vous certain que c'est la seule façon de les voir ?

IX. La fantaisie n'est pas le déni

Il y a un danger à idéaliser l'émerveillement.

Toutes les blessures ne peuvent pas être pansées avec un beau langage.

Toutes les expériences difficiles n'ont pas besoin de devenir une leçon.

Toutes les personnes effrayées n'ont pas besoin qu'on leur dise de penser positivement, de chercher la gratitude ou de rendre le moment magique.

La fantaisie devient nuisible lorsqu'elle est utilisée pour éviter la réalité.

Une fantaisie saine ne nie pas l'obscurité.

Elle allume quelque chose à l'intérieur.

Elle permet à la douleur et à la beauté d'occuper la même pièce.

Elle permet à une personne de comprendre que la vie est fragile et de la décorer quand même.

Elle permet à quelqu'un de prendre ses responsabilités au sérieux sans se traiter comme une machine construite uniquement pour les accomplir.

Elle ne dit pas :

Rien ne va mal.

Elle dit :

Ce qui va mal n'est pas la seule chose qui existe.

Cette distinction est importante.

Le système de fantaisie n'est pas un remède.

C'est un contrepoids.

X. Pratiquer le système de fantaisie

Un système de fantaisie n'exigerait pas un bonheur constant ni une personnalité enchantée.

Ce serait une pratique de réorientation de l'attention vers la curiosité, la beauté, l'étrangeté et la possibilité.

Cela pourrait signifier porter l'objet dramatique sans attendre une occasion.

Lire des mythes non pas parce que vous les croyez littéralement, mais parce qu'ils contiennent des schémas plus anciens que votre problème actuel.

Prendre une autre rue pour rentrer chez soi.

Entrer dans de vieux bâtiments.

Apprendre les noms des plantes, des pierres, des étoiles ou des symboles oubliés.

Créer quelque chose qui ne sera jamais optimisé, monétisé ou montré à un public.

Créer des rituels autour de transitions que le monde moderne ne reconnaît pas.

La fermeture d'un chapitre.

Le début d'un risque.

La récupération d'une partie oubliée de soi.

Cela pourrait signifier donner une signification privée à un objet que vous portez.

Non pas parce que l'objet contrôle le destin.

Parce que les rappels comptent.

L'atmosphère compte.

L'attention compte.

Les histoires que nous nous répétons sur nous-mêmes comptent.

La peur dit :

Faites attention. Quelque chose peut être dangereux.

La fantaisie dit :

Faites attention. Quelque chose peut avoir un sens.

Les deux voix essaient de nous maintenir en vie.

Mais seule l'une nous rappelle de regarder au-delà de la survie.

Conclusion : L'instinct humain le plus ancien pourrait ne pas être seulement la peur

Le système nerveux n'est pas l'ennemi.

Nous avons besoin de la partie de nous qui identifie le danger, protège les limites et refuse ce qui est dangereux.

Mais nous avons aussi besoin de la partie qui reconnaît la beauté, poursuit la curiosité, invente des symboles et imagine des futurs qui ne sont pas encore arrivés.

La peur a aidé nos ancêtres à survivre à l'obscurité.

La narration a donné une forme à l'obscurité.

Le rituel les a aidés à la traverser.

L'ornement les a aidés à se souvenir de qui ils étaient en le faisant.

L'émerveillement leur a rappelé que la nuit contenait plus que des prédateurs.

Elle contenait aussi des étoiles.

Le système de fantaisie n'est pas caché sous la peau.

Il existe au moment où l'attention s'élargit.

Dans l'impulsion de décorer ce qui aurait pu rester purement fonctionnel.

Dans la décision de créer du sens là où aucun n'était garanti.

Dans le refus de laisser la peur devenir la seule force convaincante dans le monde.

Peut-être que l'émerveillement n'est pas le contraire de la survie.

Peut-être en a-t-il toujours fait partie.

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